Crise du fromage : pourquoi les importations pèsent sur le bilan français en 2026
Sur le comptoir des douanes, le verdict vient de tomber et il fait mal à la filière: selon les chiffres des Douanes relayés par FranceAgriMer et repris par Réussir, l'excédent commercial français en…

Sur le comptoir des douanes, le verdict vient de tomber et il fait mal à la filière: selon les chiffres des Douanes relayés par FranceAgriMer et repris par Réussir, l'excédent commercial français en fromages recule de 27,5 % sur les cinq premiers mois de 2026. Pour nous, modestes artisans du burger et de la tranche fondante, ça commence à sentir la mise en place qui dérape au frigo. La France reste pourtant largement excédentaire — plus de 54 000 tonnes d'écart entre l'export et l'import — mais la tendance est lourde, et elle change déjà la carte des vitrines.
Le casting des importateurs qui montent au feu
228 000 tonnes importées, +8,3 % en un an: ça rigole plus. Trois pays débarquent les palettes plein les quais, et pas pour faire de la figuration.
- Royaume-Uni: +24 %, à 22 500 t. Brexit ou pas, Albion revient à coup de cheddar jeune et de stilton.
- Belgique: +28 %, à 26 400 t. Le plat pays ne fait pas dans la dentelle.
- Pays-Bas: +12 %, à 37 900 t. Gouda power, littéralement.
L'Italie tient toujours la tête du classement à plus de 62 200 t (+4 %), et la Grèce explose de 20 % sur des volumes encore modestes (6 900 t) — la feta poursuit sa conquête, jusqu'au comptoir du food-truck méditerranéen. En tant qu'acheteur derrière mon comptoir, je vois le mouvement: le cheddar britannique fait une percée dans les cartes burger, l'emmental belge "industriel" s'invite sur les planchas à smash, et le gouda néerlandais gagne du terrain dans les melters.
Là où le feu brûle: pâtes pressées cuites et emmental fantôme
Le morceau qui fait grincer la meule de l'amont français: les pâtes pressées cuites bondissent de 21,1 %, avec une Belgique qui double presque ses envois (+200 %) et des Pays-Bas à +25 %. Ce ne sont pas des fromages de terroir — c'est l'emmental industriel, celui que la filière dénonce depuis des années comme un sous-produit vendu sous appellation sans en avoir l'ADN. En clair: on importe de l'emmental qui n'est pas vraiment de l'emmental, et ça tire toute la chaîne vers le bas. Les pâtes pressées non cuites prennent +10,5 %, essentiellement tirées par les Pays-Bas (+21 %) — du gouda, rien de nouveau sous le soleil sauf que les volumes doublent en vitesse.
L'export qui tient, mais qui glisse
La France tient encore la baraque avec 282 400 tonnes expédiées, mais c'est 1 % de moins que sur la même période 2025. Vers l'UE, ça perd 1,4 %; vers les pays tiers, c'est stable. Les pâtes molles — première catégorie à l'export, le camembert, le brie, la rigotte, tout ce qui fait le prestige du plateau — glissent de 2,1 %, avec les envois vers l'UE à -4 %. Le terroir tricolore perd du terrain chez ses voisins avant même de chercher de nouveaux clients.
Ce que je surveille au zinc
Sur mes prochaines tournées de stand, trois trucs à flairer sans relâche. D'abord la traçacité réelle de ce qui arrive dans les assiettes: l'étiquette "emmental" ne suffit plus, il faut le pays et la laiterie derrière. Ensuite le prix des AOP sur Rungis ou Lyon-Corbas — si le saint-nectaire s'envole, c'est que la pression hollandaise pousse les affineurs à se positionner. Enfin la réaction des restaurateurs: ceux qui jouent la carte de l'origine affichée, sans emphase marketing, juste la vérité du terroir, reprendront la main. Les autres se contenteront d'un produit low-cost à la coupe — et le coup de feu, lui, ne changera pas.