Bruno Verjus ferme La Table : le chef étoilé parie sur la restauration rapide
480 balles le menu unique, deux étoiles Michelin, trois années dans le top 10 mondial, et le chef annonce sur Instagram qu'il plaque tout pour ouvrir un… fast-food.

Non, pas un fast-food — une "restauration rapide de qualité", nuance d'une importance capitale. Bruno Verjus, 67 ans, seul Français jamais monté sur le podium du 50 Best, ferme La Table, dans le 12e arrondissement de Paris, le 22 décembre. Et il le dit cash: le fine dining, c'est fini.
Le mec qui retourne sa veste (et son piano)
Autodidacte, ancien photographe et chroniqueur gastronomique, Verjus a fait de sa Table une machine de guerre: poissons, coquillages, légumes de saison, précision d'horloger. Sauf que la machine tournait à vide. En 2024, l'agence AFP constatait un service rempli au quart, clientèle quasi exclusivement étrangère. Quand on facture 480 euros à des touristes qui rentrent chez eux le lendemain, on vend du rêve, pas de la fidélité. Le chef l'assume: exclure des gens de sa table le met mal à l'aise. Voilà un discours qu'on n'entend pas souvent dans les palais étoilés. Plutôt que de baisser le ticket ou de multiplier les couverts, il choisit la sortie par le haut et change radicalement de braquet.
Fast Lane: l'anti-burger du palace
Son nouveau concept s'appellera Fast Lane. Verjus lui-même le présente comme une restauration rapide, mais de qualité — ni fast-food, ni haute gastronomie. Comprenez: pas de menu dégustation à rallonge, pas de viande bovine transformée en pulpe industrielle non plus. Le positionnement est trouble, et c'est justement ce qui rend l'affaire savoureuse. Si le mec qui fait des huîtres comme personne arrive à caser sa cuisine dans un format express, on tient peut-être un vrai sujet de fond. À voir ce qu'il entend par "rapide": un service au comptoir minute, une carte resserrée, des produits quand même sourcés comme avant? Mystère. Pas de date d'ouverture, pas de lieu précis, pas de prix annoncé. Pour l'instant, on a juste une promesse — et chez Verjus, mieux vaut attendre que le premier service ouvre ses portes pour juger sur pièce.
Ce que ça dit de la haute en France
La fermeture s'inscrit dans une équation que tous les étoilés connaissent: coûts de main-d'œuvre qui flambent, clientèle française qui serre les cordons, touristes asiatiques en berne. Tenir un restaurant gastronomique à 480 euros le menu en 2026, ça tient du sacerdoce économique. Verjus préfère saborder sa propre table plutôt que de la transformer en piège à rentabilité. C'est un geste rare. Et si Fast Lane cartonne, attendez-vous à voir débarquer une vague de chefs étoilés qui voudront refaire le coup à moindres frais. La rue de la restauration rapide française n'a pas fini de changer de visage.