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175°C : la rôtisserie-traiteur qui réinvente le poulet rôti dans le 11e

J'arrive rue de Charonne, yeux en biais sur la devanture. 175°C. Le nom s'affiche comme une promesse technique — la température idéale de rôtissage, rien de moins.

175°C : la rôtisserie-traiteur qui réinvente le poulet rôti dans le 11e

On est dans le 11ᵉ, ça sent encore le neuf, et moi je suis là pour savoir si ce poulet-là mérite qu'on dévie de son trajet habituel. Parce que Paris a ouvert une nouvelle rôtisserie-traiteur, portée par un certain Baptiste Huet, et le pedigree a de quoi intriguer: fils de bouchers, formé chez Ferrandi et au Ritz, passé par les cuisines du Marriott à Hong Kong. Pas le profil du gars qui lance un truc « parce que c'est tendance ».

Broche double, marinades croisées

Premier réflexe en entrant: jeter un œil sur la broche. Sauf qu'ici il y en a deux — une pour les viandes, une pour les légumes. Séparation des univers, respect des jus, pas de contamination de saveurs. Ça paraît logique, mais dans la restauration rapide on voit tellement de rôtisseries-couteau-suisse où le poulet cohabite avec l'aubergine en mode « on verra bien » que le geste mérite d'être salué.

Du côté des marinades, le tandem Huet-Jules Sevenet (ex-brigades Ducasse et Robuchon, quand même) pioche autant dans le terroir que dans l'Asie du Sud-Est. Le poulet? Miel, moutarde de Dijon, herbes de Provence. Classique rodé, sans piège. La poitrine de porc? Gochujang — la pâte de piment fermentée coréenne — pour un coup de feu acidulé qui tranche. Les légumes entiers passent aussi à la broche, de quoi caser les flexitariens sans leur servir un truc triste.

Le sourcing, nerf de la guerre

Côté provenance, 175°C mise sur des éleveurs situés à moins de 300 kilomètres de Paris, avec la Ferme du Luteau pour les volailles. Pas de label bio brandi comme argument marketing, mais un périmètre de sourcing qui se veut court et traçable. À vérifier en bouche, évidemment — un poulet bien élevé, ça se sent tout de suite à la mâche, à la texture du jus qui tient dans la chair sans couler de partout. Le type a grandi entre les étals de la Boucherie Huet, institution de Boulogne-Billancourt pendant trente ans: il connaît la différence entre un volaille qui a vécu et un poulet standard industriel. Ça ne garantit rien, mais ça rassure un minimum.

À signaler au passage: Paris voit aussi débarquer Mersin, nouvelle adresse de street food turque portée par Noé Lazare (le derrière Gemüse, le kebab berlinois qui avait fait du bruit). Au programme: döner, mezzés et tantuni — cette spécialité encore discrète en France. De quoi alimenter la concurrence dans le coin.

Ce que j'en retiens

Deux ouvertures, deux ADN. Côté rôtisserie « new gen », 175°C coche les bonnes cases: formation solide, partenariat avec un chef étoilé, séparation viandes/légumes sur broche, sourcing local. Le combo est séduisant sur le papier. Reste à savoir si la bouchée tient la route — parce qu'entre un concept bien ficelé et un dimanche soir où le poulet craque sous la dent avec une peau croustillante et un jus bien réparti, il y a un gouffre.

Hugo vérifie, Hugo revient.